Déclarer ses cryptomonnaies en Espagne : les points essentiels
- Un résident fiscal espagnol déclare ses plus-values sur cryptomonnaies à l’IRPF, dans la base de l’épargne, au barème de 19 % jusqu’à 6 000 €, 21 % jusqu’à 50 000 €, 23 % jusqu’à 200 000 €, 27 % jusqu’à 300 000 € et 30 % au-delà.
- L’échange d’une cryptomonnaie contre une autre (par exemple BTC contre ETH) est imposable en Espagne, même sans conversion en euros, selon la Direction générale des impôts (consultation V0999-18).
- Les récompenses de staking sont des revenus du capital mobilier imposés dans la base de l’épargne, à leur valeur de marché le jour de leur réception (consultation V1766-22).
- Le Modelo 721 doit être déposé entre le 1er janvier et le 31 mars par tout résident fiscal espagnol dont les cryptomonnaies conservées chez des prestataires étrangers dépassent 50 000 € au 31 décembre.
- Le défaut de dépôt du Modelo 721 est sanctionné de 20 € par donnée omise, avec un minimum de 300 € et un maximum de 20 000 €, depuis la réforme de la Ley 5/2022.
- La directive européenne DAC8 s’applique depuis le 1er janvier 2026 : les plateformes de l’UE déclareront les opérations de 2026 de leurs clients au plus tard le 30 septembre 2027.
- Acheter des cryptomonnaies en euros, les conserver ou les transférer entre ses propres portefeuilles ne déclenche aucun impôt.
Chaque cession compte, et l’AEAT reçoit de plus en plus de données des plateformes
Déclarer ses cryptomonnaies en Espagne en 2026 : le cadre
Un Français résident à Valence détient du bitcoin sur une plateforme étrangère. Un Belge a échangé de l’ether contre du solana sans jamais repasser par l’euro. Une famille suisse installée à Alicante reçoit des récompenses de staking. Tous trois doivent déclarer leurs cryptomonnaies en Espagne, mais pas de la même manière.
Pour un résident belge qui s’installe en Espagne, les crypto-actifs entrent aussi dans le champ de l’exit tax belge depuis 2026 : la plus-value latente au jour du départ est imposable en Belgique, avec un report de paiement de 24 mois pour un départ vers l’Espagne.
Trois dispositifs encadrent la déclaration. L’IRPF (impôt sur le revenu des personnes physiques) taxe les gains. Le Modelo 721 informe l’Agencia Tributaria (AEAT) des cryptomonnaies détenues à l’étranger. Les plateformes, elles, transmettent leurs propres déclarations, et la directive européenne DAC8 étend ce mouvement à toute l’Union depuis 2026.
Cet article s’adresse aux particuliers résidents fiscaux en Espagne. Les règles applicables aux sociétés (impôt sur les sociétés, comptabilité, TVA, MiCA) sont présentées dans notre dossier sur les cryptomonnaies et les entreprises en Espagne.
Opérations crypto imposables et non imposables
La première erreur des investisseurs francophones est de croire que seule la conversion en euros déclenche l’impôt. Pour la Direction générale des impôts espagnole (DGT), l’échange d’une cryptomonnaie contre une autre produit une plus-value ou une moins-value, comme l’indique la consultation contraignante V0999-18 du 18 avril 2018. Le gain se calcule à la date de l’échange, sur la valeur de marché de la cryptomonnaie reçue.
Opérations imposables :
- Vente de cryptomonnaies contre des euros ou une autre devise.
- Échange d’une cryptomonnaie contre une autre (BTC contre ETH, par exemple).
- Paiement d’un bien ou d’un service en cryptomonnaie.
- Récompenses de staking, airdrops et revenus de minage.
Opérations sans impôt :
- Achat de cryptomonnaies en euros.
- Simple détention, sans cession.
- Transfert entre deux portefeuilles appartenant à la même personne.
Une opération sans impôt doit tout de même être documentée. L’historique d’achat sert ensuite à justifier le prix d’acquisition lors de la revente.
Un exemple chiffré montre l’effet de la règle. Un contribuable échange 1 BTC acquis 30 000 € contre de l’ether valant 60 000 € au jour de l’échange. Il réalise une plus-value de 30 000 €, à déclarer dans l’IRPF de l’année de l’échange, même s’il n’a jamais retiré d’euros.
Taux d’imposition des plus-values crypto à l’IRPF
Les plus-values sur cryptomonnaies entrent dans la base de l’épargne (base del ahorro) de l’IRPF. Le barème cumulé (part de l’État et part régionale) est fixé par les articles 66 et 76 de la loi de l’IRPF (Ley 35/2006). La Ley 7/2024 du 20 décembre 2024 a porté la tranche supérieure de 28 % à 30 % à partir du 1er janvier 2025.
| Base de l’épargne | Taux 2026 |
|---|---|
| Jusqu’à 6 000 € | 19 % |
| De 6 000 € à 50 000 € | 21 % |
| De 50 000 € à 200 000 € | 23 % |
| De 200 000 € à 300 000 € | 27 % |
| Au-delà de 300 000 € | 30 % |
Le barème est progressif : chaque taux ne s’applique qu’à la fraction de base comprise dans sa tranche. Une plus-value de 6 000 € coûte ainsi 1 140 € d’impôt. Notre article sur l’impôt sur le revenu en Espagne présente aussi le barème de la base générale.
Staking, airdrops et minage : des régimes distincts
Les revenus tirés des cryptomonnaies ne relèvent pas tous du même régime. La DGT les classe selon leur nature. La revente ultérieure des cryptomonnaies reçues produit ensuite une plus-value distincte.
- Staking : revenu du capital mobilier (article 25.2 de la loi de l’IRPF), imposé dans la base de l’épargne à la valeur de marché des cryptomonnaies reçues, selon la consultation V1766-22, confirmée en 2026 par la consultation V0612-26.
- Airdrops : gain patrimonial qui ne provient pas d’une cession, imposé dans la base générale l’année de la réception, selon la consultation V0648-24.
- Minage : la DGT le qualifie d’activité économique dans la consultation V3625-16, rendue en matière de TVA et d’impôt sur les activités économiques.
Aucune consultation de la DGT ne précise à ce jour le traitement du minage à l’IRPF pour un particulier. Si vous minez des cryptomonnaies, contactez le cabinet au +34 963 74 16 57 ou à felix.delaguia@delaguialuzon.com pour faire confirmer le régime applicable à votre situation.
Calcul de la plus-value : méthode FIFO et valorisation en euros
Lorsque des unités identiques ont été achetées à des prix différents, les premières achetées sont réputées vendues les premières (méthode FIFO). La DGT l’a confirmé dans la consultation V1604-18, en précisant que le calcul porte sur l’ensemble des plateformes, et non plateforme par plateforme. Le manuel IRPF 2025 de l’AEAT retient la même règle.
- Rassembler l’historique : exporter toutes les transactions de chaque plateforme et de chaque portefeuille utilisés dans l’année.
- Valoriser en euros : convertir chaque opération au cours du moment où elle a eu lieu.
- Calculer les plus-values : appliquer la méthode FIFO à chaque cession, échanges compris.
- Compenser les pertes : imputer les moins-values sur les plus-values de la base de l’épargne.
- Déclarer et conserver : reporter le résultat dans la déclaration d’IRPF, déposer le Modelo 721 si nécessaire, conserver les justificatifs au moins 4 ans.
Selon l’article 49 de la loi de l’IRPF, un solde net négatif de plus-values et moins-values peut aussi s’imputer sur les revenus du capital mobilier de la base de l’épargne, dans la limite de 25 % de ces revenus. Le reliquat se reporte sur les 4 années suivantes.
Modelo 721 : déclaration des cryptomonnaies détenues à l’étranger
Le Modelo 721 est une déclaration informative : il ne donne lieu à aucun paiement. Il concerne les résidents fiscaux espagnols dont les cryptomonnaies conservées chez des prestataires non résidents en Espagne dépassent 50 000 € au 31 décembre, en valeur cumulée. L’obligation découle de l’article 42 quater du règlement général de gestion et d’inspection fiscales (Real Decreto 1065/2007), ajouté par le Real Decreto 249/2023, et de l’Orden HFP/886/2023 qui approuve le formulaire.
- Période de dépôt : du 1er janvier au 31 mars de l’année suivante.
- Cryptomonnaies visées : celles conservées par un prestataire étranger pour votre compte, y compris si vous n’êtes qu’autorisé ou bénéficiaire.
- Portefeuilles personnels : les cryptomonnaies dont vous détenez vous-même les clés privées ne se déclarent pas, selon les questions fréquentes de l’AEAT sur le Modelo 721.
- Années suivantes : un nouveau dépôt n’est obligatoire que si le solde a augmenté de plus de 20 000 € depuis la dernière déclaration, ou si vous avez cessé de détenir des cryptomonnaies déclarées.
Le Modelo 721 est l’équivalent crypto du Modelo 720, qui vise les comptes, titres et biens immobiliers à l’étranger. Notre article sur le Modelo 720 détaille cette autre déclaration.
Modelos 172 et 173, DAC8 : ce que l’AEAT sait déjà
Les prestataires résidents en Espagne qui conservent ou échangent des cryptomonnaies déclarent eux-mêmes leurs clients à l’AEAT, au mois de janvier. Le Modelo 172 recense les soldes au 31 décembre, le Modelo 173 les opérations de l’année, selon l’Orden HFP/887/2023. L’AEAT peut ainsi rapprocher ces données de votre déclaration d’IRPF.
La directive (UE) 2023/2226, dite DAC8, s’applique depuis le 1er janvier 2026. Les prestataires de services sur crypto-actifs de l’UE collectent les données de leurs clients pour 2026, et les administrations fiscales les échangent dans les 9 mois suivant la fin de l’année, soit au plus tard le 30 septembre 2027. Au 2 octobre 2026, aucune loi espagnole de transposition n’était publiée au BOE, et un projet d’arrêté prévoyant un nouveau Modelo 175 en remplacement du Modelo 173 restait en préparation.
Repères 2026 : le calendrier de la transparence crypto
- Janvier : dépôt des Modelos 172 et 173 par les prestataires établis en Espagne.
- 1er janvier au 31 mars : dépôt du Modelo 721 par les résidents concernés.
- Printemps : campagne de déclaration d’IRPF.
- 30 septembre 2027 : premier échange des données DAC8 portant sur l’année 2026.
Le calendrier fiscal espagnol donne les dates exactes de chaque campagne.
Sanctions et contrôle fiscal
L’ancien régime de sanctions du Modelo 720, avec ses amendes minimales de 10 000 €, a été supprimé par la Ley 5/2022 du 9 mars 2022, après l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne du 27 janvier 2022 (C-788/19). Notre article sur cet arrêt en retrace le contexte. Le Modelo 721 relève donc du régime général de la Ley General Tributaria (LGT).
- Défaut de dépôt (article 198 LGT) : 20 € par donnée ou ensemble de données omis, avec un minimum de 300 € et un maximum de 20 000 €.
- Dépôt tardif spontané : montants réduits de moitié (10 € par donnée, minimum 150 €, maximum 10 000 €) si la déclaration est déposée sans demande préalable de l’administration.
- Déclaration incomplète ou inexacte : sanction prévue par l’article 199 de la LGT.
- Impôt éludé (article 191 LGT) : amende de 50 % à 150 % de l’impôt non payé selon la gravité, en plus de l’impôt et des intérêts de retard.
- Délit fiscal (article 305 du Code pénal) : au-delà de 120 000 € d’impôt éludé par impôt et par année, peine de 1 à 5 ans de prison et amende de une à six fois le montant éludé, selon le Code pénal espagnol.
Lorsque l’AEAT détecte un écart entre les données reçues et votre déclaration, elle peut vous adresser une proposition de rectification (propuesta de liquidación). Vous disposez alors d’un délai pour présenter vos observations, compris entre 10 et 15 jours selon l’article 99.8 de la LGT. Chaque dossier étant différent, contactez le cabinet au +34 963 74 16 57 ou à felix.delaguia@delaguialuzon.com avant de répondre à une telle proposition.
L’administration dispose de 4 ans pour rectifier une déclaration (article 66 de la LGT). Notre article sur le contrôle fiscal en Espagne détaille le déroulement des procédures.
Résidence fiscale et convention franco-espagnole
L’obligation de déclarer ses cryptomonnaies en Espagne dépend de la résidence fiscale. Selon l’article 9 de la loi de l’IRPF, est résident celui qui passe plus de 183 jours en Espagne pendant l’année civile, ou qui y a le centre de ses intérêts économiques. Le résident est imposé sur ses revenus mondiaux, le non-résident sur ses seuls revenus de source espagnole.
La convention fiscale franco-espagnole du 10 octobre 1995 prévoit, à son article 13, que les gains tirés de biens autres que ceux qu’elle vise expressément ne sont imposables que dans l’État de résidence du cédant. L’année du déménagement reste délicate, car elle détermine le pays d’imposition des plus-values réalisées. Pour une analyse de votre situation, contactez le cabinet au +34 963 74 16 57. Notre article sur la convention fiscale franco-espagnole présente les autres règles de partage.
Déclaration crypto en Espagne : accompagnement du cabinet
Calcul des plus-values, déclaration d’IRPF, dépôt du Modelo 721, régularisation, réponse aux propositions de rectification de l’AEAT et analyse de la résidence fiscale : Delaguía y Luzón accompagne les investisseurs francophones en Espagne, avec une équipe qui travaille en français et en espagnol, depuis 1960.
Adresse : Avinguda Regne de Valencia, 6, 1º-2º, 46005 Valencia, Espagne
Téléphone : +34 963 74 16 57
E-mail : felix.delaguia@delaguialuzon.com · sonia.gomezluzon@delaguialuzon.com
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Questions fréquentes sur la déclaration des cryptomonnaies en Espagne
À quel taux sont imposées les plus-values crypto en Espagne ?
Les plus-values relèvent de la base de l’épargne de l’IRPF : 19 % jusqu’à 6 000 €, 21 % jusqu’à 50 000 €, 23 % jusqu’à 200 000 €, 27 % jusqu’à 300 000 € et 30 % au-delà. La tranche à 30 % s’applique depuis le 1er janvier 2025 (Ley 7/2024). Les récompenses de staking relèvent du même barème, en tant que revenus du capital mobilier.
Dois-je déclarer un échange crypto contre crypto ?
Oui. Pour la DGT (consultation V0999-18), l’échange d’une cryptomonnaie contre une autre produit une plus-value ou une moins-value. Elle se calcule sur la différence entre la valeur de marché au moment de l’échange et le prix d’acquisition de la cryptomonnaie cédée, selon la méthode FIFO.
Qu’est-ce que le Modelo 721 et quand le déposer ?
Le Modelo 721 déclare les cryptomonnaies conservées chez des prestataires étrangers lorsque leur valeur cumulée dépasse 50 000 € au 31 décembre. Il se dépose entre le 1er janvier et le 31 mars de l’année suivante. Les cryptomonnaies détenues dans un portefeuille dont vous gardez les clés privées n’y figurent pas.
L’administration fiscale connaît-elle déjà mes opérations ?
En partie. Les prestataires établis en Espagne déclarent les soldes et opérations de leurs clients (Modelos 172 et 173). Avec la directive DAC8, les prestataires de toute l’UE collectent depuis le 1er janvier 2026 les données qui seront échangées au plus tard le 30 septembre 2027 pour l’année 2026.
Quelles opérations ne sont pas imposables ?
L’achat de cryptomonnaies en euros, leur simple détention et les transferts entre ses propres portefeuilles ne déclenchent pas d’impôt. L’impôt n’est dû qu’en cas de cession (vente, échange, paiement) ou de revenu (staking, airdrop). Ces opérations doivent tout de même être documentées pour justifier les prix d’acquisition.
Puis-je compenser mes pertes crypto ?
Oui. Les moins-values s’imputent sur les plus-values de la base de l’épargne. Un solde net négatif peut aussi réduire les revenus du capital mobilier dans la limite de 25 %, et le reliquat se reporte sur les 4 années suivantes (article 49 de la loi de l’IRPF).
Comment sont imposés le staking et le minage ?
Le staking est un revenu du capital mobilier imposé dans la base de l’épargne, à la valeur de marché des cryptomonnaies reçues (consultations V1766-22 et V0612-26). La DGT qualifie le minage d’activité économique, mais n’a pas précisé son traitement à l’IRPF pour un particulier. Contactez le cabinet au +34 963 74 16 57 pour faire confirmer votre cas.
Combien de temps dois-je conserver mes justificatifs ?
Au moins 4 ans, durée pendant laquelle l’administration peut rectifier une déclaration (article 66 de la LGT). Conservez l’historique complet de chaque plateforme et portefeuille, valorisé en euros au moment de chaque opération. Ces pièces servent à répondre à une proposition de rectification de l’AEAT.
Que faire si je reçois une proposition de rectification de l’AEAT ?
La proposition ouvre un délai d’observations compris entre 10 et 15 jours, indiqué dans la notification (article 99.8 de la LGT). Rassemblez vos justificatifs avant de répondre. Contactez le cabinet au +34 963 74 16 57 ou à felix.delaguia@delaguialuzon.com pour faire analyser votre dossier.
Comment éviter la double imposition entre la France et l’Espagne ?
La convention fiscale du 10 octobre 1995 prévoit que les gains sur les biens qu’elle ne vise pas expressément ne sont imposables que dans l’État de résidence du cédant (article 13). La question clé est l’année du changement de résidence fiscale, fixée selon la règle des 183 jours ou du centre des intérêts économiques. Une analyse au cas par cas évite les erreurs, surtout l’année du déménagement.